octuor


poèmes de yves le guern


***


abstraction

de l’émeraude au saphir
au rubis couleur prune
les flammes rouges orange
ont laissé l’infortune
léger comme un zéphyr
que le soleil dérange


***


consolation

dans les bras retenus
on se tient on se serre
des moments détenus
où les liens se resserrent

sur mon sein ta tête
écoute le bonheur
il est des jours de fête
où cesse le malheur

les flammes pourtant brûlent
dans mon dos la douleur
ton aura les bouscule
ainsi je n’ai plus peur

ô aime-moi toujours
dans tes bras offre-moi
l’abri jour après jour
la force de ta foi


***


couple

deux ils sont deux à danser nus
sur la scène qui les oublie
un élan il la porte aux nues
elle se laisse faire anoblie

leurs corps se mêlent si intimes
que leurs souffles pendant un temps
se suspendent et se raniment
suivant la musique à trois temps

la danse crée l’arabesque
les ombres sombrent autour d’eux
et tracent comme une fresque
qui vont effacer l’entre-deux


***


la femme au miroir

face au miroir la femme nue
contemple son intimité
de son dos l’espoir d’inconnu
m’attire comme illimité


***


flamme

là dans le feu les flammes dansent
flammes bleues et flammes en transe
elles honorent leur dieu brûlant
de leur musique et de leur chant

une flamme a levé les bras
vers le ciel en invocation
les autres ont baissé les bras
le ciel n’est pas leur vocation

les lianes vertes de la terre
se sont jointes à l’incendie
en pure perte le mystère
reste entier il resplendit


***


fond

voilà de la mer océane
si bleue orange dans le fond
des algues fouet d’horizon
pleurant en terre musulmane

la femme s’est voilée la face
et son regard est éloquent
pourquoi faut-il qu’elle s’efface
au regard des hommes choquant

la mer se moque de ce drame
si bleue orange dans le fond
les algues fouet d’horizon
s’élèveront contre la trame

la femme est comme ce vase
contenant l’éveil dans son sein
mais un jour la mer envase
l’humanité dans son dessein


***


laputa

dans le ciel vole une île bleue
les rêves ne sont jamais loin
au pêcheur des marines lieues
qui s’offre à être le témoin

laputa vole en silence
dans le ciel de mon enfance
je n’ai pas oublié les voix
qui m’avaient charmé autrefois

ces êtres étranges étaient
de mon passé les reliques
ils ont transformé mes étés
en voyages idylliques

laputa vole en silence
dans le ciel de mon enfance
continuez longtemps mes voix
à me parler comme autrefois


***


relief

sur le plat des images en relief
relèvent les reliefs d’un repas
un soleil jaune vert s’est attardé
dans mon assiette qui s’abandonne

à l’heure où je me mets à faire le kief
tandis qu’au vent nonchalant tu crêpas
tes cheveux jaunes vert que tu as fardé
à l’amour sans condition je m’adonne

de l’absence je n’ai plus de grief
je continuerai jusqu’à mon trépas
à faire du temps un air retardé
jusqu’à ce que enfin l’on me pardonne


***

début d’octuor